Le Sénégal vient de recevoir un rappel brutal : la paix sociale n’est jamais un acquis, mais un équilibre fragile. Et lorsque cet équilibre se rompt, c’est toute l’économie qui vacille.
Il n’y a pas si longtemps, le dialogue social semblait avoir trouvé son chef d’orchestre. Sous la Primature d’Ousmane Sonko, un pacte social avait été signé avec les centrales syndicales. Les bras de fer avaient laissé place aux poignées de main, et le pays respirait enfin après des années de tensions.
Aujourd’hui, le décor a changé. Les centrales syndicales décrètent une grève générale avec un mot d’ordre de « blocage total ». Santé, justice, services publics… les secteurs stratégiques sont touchés. L’économie, déjà essoufflée, s’apprête à encaisser un nouveau choc, tandis que les travailleurs rappellent une réalité que personne ne peut balayer d’un revers de main : « Rewmi metina torop nak. »
Le plus troublant n’est peut-être pas la grève elle-même, mais l’impuissance qu’elle révèle. Le ministre du Travail a multiplié les négociations sans parvenir à désamorcer la crise. Les réunions se sont succédé, les communiqués aussi… mais les piquets de grève, eux, sont restés debout.
En politique, il arrive qu’une absence parle plus fort qu’un discours. Beaucoup s’interrogent désormais : qui porte aujourd’hui la parole politique capable de convaincre, de rassurer et de renouer le dialogue ? Gouverner ne consiste pas seulement à publier des décrets ; c’est aussi créer la confiance lorsque le climat social se dégrade.
Le président Diomaye Faye se retrouve désormais face à une épreuve qui dépasse le simple conflit social. Cette grève est un test de gouvernance. Elle mesure la capacité de l’État à écouter, à arbitrer et à rassembler.
Les semaines à venir s’annoncent délicates. Car lorsque les salles d’audience ralentissent, que les structures de santé fonctionnent au ralenti et que les travailleurs descendent dans la rue, ce n’est pas seulement l’administration qui s’arrête : c’est le thermomètre de la confiance nationale qui vire au rouge.
Au Sénégal, les crises sociales n’attendent jamais. Elles frappent toujours à la porte du pouvoir… et celui qui ouvre la porte doit aussi trouver les mots pour éviter qu’elles ne s’installent durablement.
Malick BA

