L’État, la corruption et la révolution : les premières leçons des auditions à l’Assemblée nationale
Nous observons déjà dans les auditions en cours à l’Assemblée nationale, sur les programmes d’investissement de l’État, l’existence de réseaux de corruption et de détournement des fonds destinés à la réalisation de programmes d’investissement pour le développement du pays. Ces réseaux constituent la base solide de reproduction du Système dans l’administration sénégalaise. Cette armature administrative, partisane et clientéliste est tissée de manière à la fois horizontale, institutionnelle et politique, et au niveau vertical par les multiples relations d’appartenance sociale. Cette armature en réseaux supporte et entretient une culture de la corruption fondée sur L’État, considéré comme une ressource à piller à son profit. Cette armature qui dévoie l’essence de la République et la puissance collective que doit incarner l’État, regroupe toute une faune allant du petit fonctionnaire opérationnel grâce à son ancienneté et aux nombreux services qu’il peut rendre aux chefs, remontant aux cadres intermédiaires moyens, atteignant les cadres, techniciens, puis impliquant DG, Ministres, mais également les courtiers, personnages influents de liaison… Cette faune tisse des relations clientélistes et affairistes avec les sociétés de prestations de services et les fournisseurs de tout acabit. Ce sont là les réseaux fluides souterrains, véritables stations de pompage des ressources « destinées » aux programmes d’investissements, d’équipements et même de la solidarité sociale nationale. Notre pays se trouve donc encapsulé dans un modèle organisé d’une vaste corruption touchant tous les domaines et engageant les responsables à divers niveaux. Nous découvrons des réseaux articulés en véritables » chaînes de corruption » qui ont bâti le néo-colonialisme sénégalais tel qu’il est : des fractures territoriales, des inégalités sociales insoutenables, des programmes d’investissement en faillite, une élite polico-affariste corrompue, un État bureaucratique, dominé par des groupes d’influence et totalement improductif. Le phénomène de la corruption est devenue structurel sous Wade et s’est généralisé sous le mode de pillage mafieux de l’APR sous Macky Sall. Ce dernier a particulièrement élargi la corruption à des niveaux d’échelles et d’opérations coordonnées d’une ampleur inégalée. Des Banques nationales et internationales de réputation, des dirigeants politiques de son parti, des membres de sa famille, des hommes d’affaires étrangers, sont impliqués dans des réseaux de corruption, de détournement et de transferts internationaux illicites de milliers de milliards à leurs profits. Ce niveau d’échelle a concerné des blocs pétroliers et gaziers bradés à des délinquants étrangers, sans compter les scandales incroyables dans le foncier, les fonds COVID, la grande arnaque dans le TER, Diamnadio, ce fameux pôle de l’émergence, « aujourd’hui en état végétatif », etc.
Les auditions à l’Assemblée nationale ont une portée politique révolutionnaire et historique unique dans l’histoire de notre pays. Elles marquent un acte de rupture contre la restauration du Système que tente le pouvoir actuel. L’événement à l’Assemblée nationale inaugure une avancée de notre pays dans la démocratie populaire directe. Il nous éclaire sur les structures profondes du néo-colonialisme vivant dont l’État est la centralité politique. Elle dévoile le masque des individus, des groupes et associations diverses dont ceux parmi la dite » société civile » qui forment en réalité la périphérie politique de l’État neocolonial. Les faits montrent aujourd’hui leur duplicité quand certains manifestent leur silence complice. La clarification déclenchée par le Président du Pastef lors du meeting du 8 novembre dernier atteint ainsi avec ces auditions, un niveau supérieur de la rupture politique, culturelle et idéologique initiée. Ces auditions confortent déjà la jeunesse et les masses du peuple patriotique dans la voie des ruptures souveraines.
Youssouph Mbargane Guissé
Socio-Anthropologue
PASTEF

