À Thionck-Essyl, la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF) franchit une nouvelle étape. À l’occasion de la signature d’une déclaration communautaire, le médecin-chef du district sanitaire, Dr Abdel Kader Sarr, a lancé un appel solennel aux populations du Blouf pour mettre définitivement fin à l’excision, tout en préservant les valeurs culturelles de la communauté.
Face aux autorités administratives, religieuses et coutumières, aux Badjenu Gox, aux anciennes exciseuses et aux représentants des villages, le médecin a rappelé que les MGF ne présentent aucun avantage médical. Il a insisté sur les nombreuses complications qu’elles peuvent provoquer, affirmant que ni la dignité, ni la fidélité, ni les qualités d’une femme ne dépendent de cette pratique, mais plutôt de l’éducation et des valeurs transmises au sein de la famille.
Plutôt qu’une approche répressive, le district sanitaire de Thionck-Essyl mise sur la sensibilisation et le dialogue avec les communautés. C’est dans cette dynamique qu’a été mis en œuvre le Rite Alternatif, une initiative déjà expérimentée dans 21 villages du Blouf. Ce modèle permet de conserver les cérémonies traditionnelles, les enseignements des aînées, les chants et les bénédictions des anciens, tout en supprimant l’acte d’excision.
Le Dr Abdel Kader Sarr a indiqué que cette démarche porte déjà ses fruits. Selon lui, les villages ayant adopté le Rite Alternatif n’ont enregistré aucun cas d’excision ni de complication hémorragique liée aux MGF depuis un an, preuve que le changement est possible sans renoncer à l’identité culturelle.
Le médecin-chef a également salué les efforts de l’État du Sénégal à travers la loi n° 99-05 du 29 janvier 1999 interdisant les mutilations génitales féminines, ainsi que le soutien des partenaires techniques et financiers, des organisations communautaires, de Médecins du Monde et des associations mobilisées pour cette cause.
Dans un hommage appuyé aux femmes gardiennes des traditions, il a reconnu leur rôle central dans cette transformation sociale. Il a salué leur engagement aux côtés des équipes sanitaires, estimant qu’elles constituent aujourd’hui des actrices incontournables de la protection des filles.
Prenant des engagements au nom du district sanitaire de Thionck-Essyl, Dr Abdel Kader Sarr a annoncé le renforcement de la prise en charge des victimes sans stigmatisation, la formation des sages-femmes à la promotion du Rite Alternatif et l’accompagnement des communautés désireuses d’abandonner l’excision.
Clôturant son intervention, il a exhorté les chefs de village à poursuivre le travail de sensibilisation dans leurs localités afin de bâtir un Blouf où les traditions continuent de vivre, mais sans violence faite aux jeunes filles.
« Le Blouf a choisi de garder sa culture et de jeter le couteau », a-t-il conclu sous les applaudissements de l’assistance.
Diegoune InfosTv

