Sonko, le retour du phenix : Du 4éme étage de la primature au perchoir de la République
Hier encore, certains riaient. Aujourd’hui, ils avalent leur sourire de travers.
Je l’avais écrit. Je l’avais annoncé. Pendant que les experts autoproclamés de la politique sénégalaise jouaient aux devins dans les plateaux de télévision et les groupes WhatsApp, le scénario se dessinait sous leurs yeux sans qu’ils ne le voient venir : Ousmane Sonko allait retourner à l’Assemblée nationale. Et pas pour occuper un simple siège de député anonyme perdu entre deux rangées de parlementaires assoupis.
Non. Le voilà qui s’avance vers le perchoir, ce trône républicain qui fait du président de l’Assemblée nationale le numéro deux de l’État.
Quelle ironie de l’histoire !
L’homme que certains voulaient enterrer politiquement revient par la porte principale pendant que ses adversaires cherchent encore les clés de secours.
La démission d’El Malick Ndiaye ressemble à ces scènes de relais dans les courses olympiques où un coureur transmet le témoin à son capitaine avant le sprint final. Officiellement, il parle de responsabilité, de hauteur d’État, de stabilité institutionnelle et de cohésion nationale. Un discours tellement propre, tellement élégant, tellement républicain qu’on pourrait presque l’encadrer dans les salles de cours de l’ENA.
Mais dans les coulisses de la politique sénégalaise, chacun comprend le message.
Le fauteuil était occupé. Il est désormais libre.
Et dans les couloirs de l’Assemblée, une seule silhouette semble déjà projetée sur les murs : celle d’Ousmane Sonko.
Pendant que certains célébraient son départ de la Primature comme une victoire définitive, le voilà qui réapparaît quelques mètres plus loin dans l’architecture institutionnelle du pouvoir. Comme un joueur d’échecs qui accepte volontairement de perdre une pièce pour mieux préparer l’échec et mat.
Car c’est là toute la singularité du personnage.
Chaque fois que ses adversaires pensent avoir fermé une porte, il surgit par une fenêtre.
Chaque fois qu’ils annoncent sa fin politique, il revient avec un nouveau chapitre.
Chaque fois qu’ils célèbrent une défaite, il transforme celle-ci en tremplin.
La politique sénégalaise ressemble désormais à une série télévisée dont Sonko écrit lui-même le scénario pendant que les autres acteurs découvrent les épisodes au fur et à mesure de leur diffusion.
Le plus fascinant dans cette séquence n’est pas seulement son retour à l’Assemblée.
C’est ce qu’elle raconte.
Elle raconte qu’un homme qui était Premier ministre hier peut devenir président de l’Assemblée demain tout en demeurant l’une des figures politiques les plus influentes du pays.
Elle raconte que dans la République sénégalaise, les fonctions changent mais que le rapport de force demeure.
Elle raconte surtout qu’en politique, les titres sont parfois moins importants que la capacité à imposer le rythme du jeu.
Et sur ce terrain-là, Sonko continue de dicter la cadence.
Les prochains jours promettent donc un spectacle politique dont seul le Sénégal a le secret : un ancien Premier ministre devenant potentiellement président de l’Assemblée nationale, pendant que les commentateurs cherchent encore à comprendre si nous assistons à un recul, à une promotion ou à une simple mutation stratégique.
Une chose est sûre. Dans le grand théâtre politique sénégalais, le rideau n’est jamais tombé sur Ousmane Sonko.
Au contraire. Le metteur en scène vient peut-être simplement de changer le décor. Et pendant que certains applaudissent la fin du premier acte, le principal protagoniste est déjà installé au centre de la scène pour le deuxième.
Le perchoir l’attend.
Et avec lui, un nouveau chapitre de cette incroyable saga politique où Ousmane Sonko semble avoir fait sienne une vieille maxime : on peut changer de fauteuil sans jamais quitter le pouvoir.
Malick BA

