Mouhamed Niang, policier au commissariat de Gouye Mouride à Rufisque, risque 10 ans de réclusion criminelle. Ce père de famille divorcé a été jugé hier, mardi 14 avril 2026, devant la chambre criminelle de Dakar, après un séjour de 4 ans en détention provisoire.
Mouhamed Niang, alias Ahmed, risque gros devant la chambre criminelle de Dakar où il a été jugé hier, mardi 14 avril 2026, pour des faits de vi0l présumé. C’est une peine de réclusion criminelle de 10 ans que le procureur a requise contre lui. Ces faits qui lui sont reprochés remontent à 2022, alors qu’il servait comme policier au commissariat de Gouye Mouride à Rufisque.
Tout a basculé cette année-là pour cet homme marié quand la nommée Astou Ngom l’a accusé de viol. En effet, d’après celle-ci, c’est le courtier Issa Sembène qui l’avait mis en rapport avec son violeur présumé, puisqu’elle était à la recherche d’une chambre à louer. Quand elle est arrivée en compagnie de l’accusé dans l’appartement, elle et l’accusé Mouhamed Niang, après marchandage, sont tombés d’accord sur le montant de la location. Il était même convenu qu’elle devait verser le lendemain le montant de la caution qui était fixée à 50.000 F, dit-elle.
Le modus operandi expliqué par la victime
Puisqu’elle avait fini d’effectuer la visite des lieux, elle attendait le jakartaman Modou Seck qui devait la ramener chez elle. Malheureusement, dit-elle, Mouhamed Niang a mis en place une stratégie pour abuser d’elle sexuellement. Il a, à son insu, payé la course au jakartaman qu’il avait lui-même chargé de récupérer la dame alors qu’elle l’attendait tranquillement pour qu’il vienne le reconduire chez elle. Comme elle est restée longtemps sans voir l’ombre du jakartaman, Astou Ngom a finalement décidé de rentrer chez elle.
Mais, c’est là que le flic, après avoir décliné sa qualité, l’a convaincue de passer la nuit, en lui faisant savoir que ce n’était pas prudent pour une femme de rentrer à cette heure creuse de la nuit. Acceptant cette proposition, elle s’est assise dans un coin de la chambre alors que le policier était couché sur le lit. Hélas, poursuit-elle, le lendemain, à l’aube, c’est quand elle a voulu partir que l’accusé l’a traînée dans la chambre avant de la violer. Sans préservatif, ajoute-t-elle.
Les tentatives d’étouffement de l’affaire
Astou Ngom, après cet abus sexuel, a saisi le commissariat de Gouye Mouride où officie le policier pour porter plainte contre lui. Mais, pour s’assurer qu’elle avait saisi les enquêteurs, Mouhamed Niang est allé auprès de son collègue Vincent Sagna et d’un Asp pour demander s’il n’y avait de plainte formulée à son encontre par la victime. Pis, quand il a appris que la victime a émis son souhait de porter plainte contre lui, il a demandé à ses collègues policiers d’intervenir pour étouffer l’affaire. Mieux encore, le témoignage du courtier Issa Sembène l’a davantage enfoncé. Car, lorsqu’il a été auditionné, ce dernier a soutenu que l’accusé avait même proposé 500.000 F pour étouffer l’affaire, mais la victime avait refusé. Ceci, dit-il, après qu’il a reconnu les abus sexuels commis sur Astou Ngom.
Mouhamed Niang nie totalement à la barre
Après son inculpation pour des faits de viol et avoir passé 4 ans en détention provisoire, Mouhamed Niang a fait face au juge de la chambre criminelle hier. Devant le prétoire, il a catégoriquement nié les charges de vi0l qui pesaient sur lui. Selon lui, la fille s’est présentée à son appartement vers minuit, l’heure à laquelle il est revenu de son travail. Il a tout de même reconnu avoir payé le jakartaman qu’il a envoyé la chercher lorsqu’elle a émis le souhait d’aller visiter la chambre à louer dans son appartement qui disposait de 4 chambres. « Je ne l’ai jamais violée. Après la visite des lieux, elle est retournée chez elle. Elle n’a jamais dormi chez moi et si tel était le cas, Mme la Présidente, j’allais vous le confier », s’est-il défendu.
Pour tenter de convaincre le tribunal, le policier a confié que la fille et le courtier Issa Sembène ont monté ce coup pour lui nuire. Il est allé même jusqu’à accuser le commissaire de police de Gouye Mouride de l’époque d’avoir comploté contre lui dans cette affaire pour le jeter en prison. Par rapport à la proposition des 500.000 F avec lequel il voulait soudoyer la victime, il révèle que celle-ci le faisait chanter. Chose qui l’a poussé à porter plainte contre elle pour des faits d’extorsion de fonds.
Le procureur requiert 10 ans de réclusion criminelle contre lui
Le procureur, après avoir rappelé les « tergiversations » de l’accusé et ses « difficultés » pour se défendre, a évoqué les témoignages qui l’accablaient. Dans ses développements, le parquet a tenu à relever : « l’enquête a été menée par ses collègues qui ont essayé d’avoir le maximum d’informations. Ils se sont même transportés sur les lieux et certains ont été devant le juge d’instruction pour être entendus. Il a essayé de se couvrir après l’éclatement des faits en parlant de tentative d’extorsion de fonds et a même tenté de jeter l’anathème sur le commissaire de police du commissariat où il servait et qu’il dit être de connivence avec la victime dans cette affaire. Pour un agent de police, c’est trop grave. Il devait être du côté de ceux qui poursuivent et non de ceux qui commettent ces actes ». En l’absence de la partie civile, il a ainsi requis 10 ans de réclusion criminelle contre lui.
La défense assurée par Mes Mame Thiaba Ba et Serge Diedhiou a plaidé l’acquittement. « Qu’est-ce qui prouve qu’il l’a vi0lée ? On a parlé des dénégations de Mouhamed Niang, mais on a oublié les errements de la plaignante. Elle a été convoquée, mais n’est jamais venue pour nous éclairer. Il ne peut pas y avoir de viol, parce que ces éléments ne sont pas établis », a expliqué Me Diedhiou. Délibéré au 12 mai 2026.
Fatou D. DIONE
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