À Dahra Djolof, Ousmane Sonko n’a pas simplement tenu meeting : il a sorti le détecteur de fumée du Palais. Et, à l’en croire, ça sent déjà le vieux système… avec du parfum neuf.
Le patron de l’Assemblée nationale a livré une charge particulièrement salée contre ce qu’il décrit comme la « réorganisation du système » au sommet de l’État. Le scénario serait presque comique si les enjeux n’étaient pas aussi sérieux : hier, on promettait de casser le système ; aujourd’hui, selon Ousmane Sonko, certains auraient simplement entrepris de le repeindre aux couleurs de l’alternance.
Transparence, bonne gouvernance, reddition des comptes, justice indépendante, renégociation des ressources : autant de promesses qui avaient servi de carburant à la grande machine de la rupture. Mais voilà que, selon Sonko, certains anciens compagnons auraient découvert les vertus très confortables de la vieille mécanique.
Et la phrase qui tue : « C’est ce même système qui s’est réorganisé au Palais. »
Autrement dit : le système n’est pas mort. Il aurait simplement changé d’adresse, de costume et peut-être de badge d’accès.
Sonko accuse également le pouvoir de confondre institutions et souveraineté populaire. Sa formule est brutale : « En démocratie, il n’y a qu’un seul souverain : le peuple. » Voilà une piqûre de rappel qui devrait être remboursée par la Sécurité sociale politique.
Et puis viennent les hautes juridictions. Sonko évoque des manœuvres visant la Cour suprême et le Conseil constitutionnel. Des accusations gravissimes, qui exigent autre chose que des applaudissements ou des invectives : des faits, des preuves et de la transparence.
Car le problème, au fond, n’est pas de savoir qui porte désormais le costume du pouvoir. Le véritable test de l’alternance est beaucoup plus simple : a-t-on changé le système ou seulement remplacé les acteurs ?
Le peuple sénégalais n’a pas voté pour une opération de relooking institutionnel. Il a voté pour une rupture.
Et si le vieux système s’est réellement réorganisé au Palais, il faudra lui rappeler une chose : au Sénégal, le Palais peut abriter le pouvoir. Mais les urnes appartiennent toujours au peuple.
Malick BA

