Et voilà Souleymane Jules Diop qui sort à son tour de son terrier pour venir sauver Aly Ngouille Ndiaye de la noyade. Quelle drôle de coïncidence ! Quand un mensonge prend l’eau, il faut bien quelques vieux plongeurs pour tenter de lui remettre la tête hors de l’eau.
Selon notre essayiste du jour, Aly Ngouille Ndiaye aurait donc raison : aucun Premier ministre n’aurait eu « de droit » des fonds politiques. Nuance juridique sortie du chapeau, gymnastique sémantique et hop ! Le tour est joué : ce qui ressemblait hier à une réalité devient aujourd’hui une question de vocabulaire. Les fonds existaient, mais ils n’existaient pas officiellement. Ils étaient là, mais pas là. Ils circulaient, mais sans vraiment circuler. Bref, ils avaient tellement disparu qu’ils ont quand même servi !
Et pour nous vendre cette acrobatie, Souleymane Jules Diop déroule une longue démonstration à coups de caisses d’avance, de fonds d’aide et de secours, de fonds de sécurité, de LOLF( Loi Organique relative aux Lois des finances) et de DPPD ( Document de Prgrammation Pluriannuelle de Dépenses). Tout y passe. Il ne manque plus qu’un microscope et un notaire pour certifier l’invisible.
Le plus savoureux reste pourtant le personnage lui-même. Celui qui, jadis, depuis le Canada, avait fait de l’invective un véritable sport national, distribuant les coups de plume à droite, à gauche et jusque dans les cercles maraboutiques, nous revient aujourd’hui en professeur de vertu administrative. Puis Macky Sall est arrivé au pouvoir. Les portes se sont ouvertes, les carrières ont souri, les nominations ont fleuri… Et voilà notre homme devenu, comme par enchantement, défenseur des subtilités de l’ancien système.
Alors forcément, quand Aly Ngouille Ndiaye dit quelque chose, Jules Diop accourt pour lui poser une couche de vernis intellectuel.
On ne défend plus un argument : on réhabilite un récit.
Le problème n’est pourtant pas de savoir si un Premier ministre avait juridiquement « droit » aux fonds politiques. Le vrai sujet est beaucoup plus simple : des Premiers ministres ont-ils effectivement bénéficié de fonds dont l’utilisation échappait au contrôle ordinaire ? Le propre texte de Souleymane Jules Diop semble répondre lui-même par l’affirmative lorsqu’il raconte que ces fonds ont bénéficié à plusieurs Premiers ministres, par largesses présidentielles.
Alors, franchement, pourquoi jouer au prestidigitateur avec les mots ?
« Ils n’y avaient pas droit, mais ils les avaient. »
Voilà peut-être la seule phrase qui résume toute l’affaire.
Et pendant qu’on découpe les mots au scalpel pour blanchir les contradictions, le citoyen, lui, regarde la scène avec ses deux yeux. Il voit les anciens bénéficiaires expliquer qu’ils recevaient. Il voit les anciens systèmes décrits. Il voit les pratiques racontées. Et maintenant, il devrait applaudir parce qu’on lui explique que ce n’était pas juridiquement un « droit » ?
Le plus cocasse est que Souleymane Jules Diop finit par confirmer l’existence de ce qu’il veut presque démonter : des fonds discrétionnaires, non tracés dans les documents budgétaires ordinaires, dont la gestion pouvait être confiée au Premier ministre sur décision présidentielle.
Le fantôme a donc une caisse, un gestionnaire et même une histoire.
Il ne lui manque plus qu’une carte d’identité.
Quant à Aly Ngouille Ndiaye, il faudra peut-être lui accorder ceci : il a lancé la polémique. Mais vouloir transformer une pratique connue en mirage administratif relève d’une autre discipline : la prestidigitation budgétaire.
Et Souleymane Jules Diop vient de monter sur scène avec la baguette. Le problème, c’est que le public connaît déjà le tour.
Mensonge quand tu nous tiens… même les vieux rats sortent du trou pour venir défendre.
Malick BA

