Une émission de télévision ne se transforme pas en tribune contre une personnalité publique par hasard. Cela résulte de mécanismes bien précis. L’émission Jakaarlo de ce week-end en a offert une illustration frappante, de ce mécanisme, à travers l’acharnement observé contre Ousmane Sonko.
- La sélection du sujet
Choisir principalement les thèmes pour mettre la personnalité en difficulté tout en écartant les éléments susceptibles de nuancer le jugement ou de le conforter. - Le choix des invités
Lorsque la totalité des intervenants tirent dans le même direction. - Le cadrage des questions
Des questions formulées de manière à suggérer une conclusion avant même les réponses orientent le téléspectateur. - L’accumulation des griefs
Des faits distincts sont empilés pour construire une impression générale de culpabilité ou d’échec de la cible. - L’absence de contextualisation
Les faits sont présentés sans leurs dimensions historiques, institutionnelles ou politiques. - La personnalisation excessive
Des enjeux collectifs sont réduits à un seul homme, transformé en cible principale. - Le déséquilibre du temps de parole
Les critiques disposent d’un espace plus large que les arguments contradictoires. - L’appel aux émotions
L’indignation et le scandale prennent le pas sur l’analyse des faits. - La répétition
Un même message répété par plusieurs voix pour créer une apparence de vérité. - La fabrication d’un verdict implicite
Le téléspectateur n’assiste plus à un débat contradictoire mais à un procès dont l’issue est déjà arrêtée.
La critique des responsables publics est normale en démocratie. Mais lorsque l’équilibre, la contradiction et la rigueur disparaissent, on assiste à une entreprise de disqualification. Le véritable enjeu n’est pas de protéger les hommes politiques de la critique, mais de garantir aux citoyens une information équilibrée, contradictoire et honnête.
Ibrahima Mbengue, sociologue
MONCAP

